Le Nouvel Ordre

Une journée.

Il ne fallut qu’une seule journée pour balayer l’ancienne Fédération et installer un pouvoir nouveau sur le Royaume de Logres. La Garde Fédérale de Kaamelott, voyant arriver une armée commandée par leur ancien ministre, n’opposa pratiquement aucune résistance.

Certains soldats se convertirent même immédiatement et sans cacher leur contentement, adoptant l’habit blanc presque sur le champs et rejoignant les forces de Lancelot avant même qu’il fût midi. Les hommes furent lancés à travers la région pour dénicher les Chevaliers d’Arthur, les arrêter et confisquer leurs biens et leurs domaines.

 © Pascal Chantier

© Pascal Chantier

Au crépuscule, les geôles de Kaamelott étaient pleines à craquer ; la Table Ronde, celle qu’Arthur avait toujours voulue en pierre, était brûlée. Tout juste dans les mûrs, Lancelot courut s’asseoir sur le Trône d’Arthur. Il donna tous ses ordres depuis ce poste, sans jamais le quitter de la journée, ne jetant qu’un regard concentré, de temps à autres, sur les vitraux illuminés.

Quand on vint lui dresser la liste des arrestations, il n’eut aucune réaction. Une seule chose l’intéressait : Arthur. L’avait-on trouvé ? Quand on lui annonça que, pour l’instant, aucun indice n’avait pu indiquer sa piste, il entra dans une rage folle. La victoire du jour ne comptait pas , alors qu’à présent, tout lui appartenait, alors que les pleins pouvoirs lui étaient acquis, il n’avait pas eu un seul instant de satisfaction. Pas un.

Sa jambe n’avait jamais cessé de trembler, il ne s’était assis sur le Trône qu’à demi, comme un enfant que l’on tient à table contre son gré et qui s’impatiente. Arthur. Tant que le spectre de celui qu’on appelait − risible surnom − « le juste » hanterait la forteresse de la possibilité de son retour, la légitimité de Lancelot auprès du peuple de Logres serait en péril. Alors que son prédécesseur avait su, petit à petit, obtenir la bienveillance de ses sujets, Lancelot, lui, devait s’imposer par la force, l’intimidation et la surveillance.

Lancelot (Thomas Cousseau) © Pascal Chantier

Lancelot (Thomas Cousseau) © Pascal Chantier

Le coup d’État de Lancelot avait inspiré des sentiments plus que divers chez les Chevaliers de la Table Ronde et avait strictement divisé le Royaume de Logres en deux groupes distincts: les Résistants et les Collaborateurs. Et, comme toujours et à tout propos, un troisième groupe avait fini par émerger, un groupe à qui il faut toujours le temps de la réflexion : celui des indécis, auquel on peut rallier sans hésiter celui de ceux qui s’en foutent.

Les membres de l’ancien gouvernement dont l’existence avait été profondément modifiée par les nouvelles directives du tyran avaient dû se positionner de manière tranchée. Pour la plupart, pas d’hésitation possible. Bohort, depuis toujours scandalisé par l’attitude de son cousin Lancelot, n’avait vu dans ce putsch qu’une manifestation supplémentaire de sa folie grandissante. Bien qu’ayant opté pour un courageux repli sur les terres de son père, à Gaunes, il entretenait vis-à-vis du nouvel ordre un profond mépris.

Léodagan, confiné en Carmélide par ordre de Lancelot, nourrissait tant de rancune au sujet de son tourmenteur qu’on le sentait parfaitement susceptible de se joindre à n’importe quel projet visant à le débouter. Les Chevaliers Perceval et Karadoc, dont la fidélité n’avait jamais été mise à mal, c’étaient immédiatement lancés dans la clandestinité la plus totale, se cachant des forces blanches de Lancelot pour manigancer d’ingénieux complots ; ils représentaient, sans aucun doute, le réflexe résistant le plus net et le plus convaincu. Pas une seconde ils n’avaient songé au danger dans lequel les précipiterait leur choix. Pour d’autres, comme le Roi Loth d’Orcanie, la situation était toute aussi claire : sa position aux côtés de Lancelot était d’une légitimité sans faille. Il avait participé au recrutement de l’armée blanche et même, avait financièrement couvert le putsch du Chevalier du Lac. Hervé de Rinel, quant à lui, n’avait encore rien décidé. En fait, dans son proche entourage, on pensait que hésitation
était beaucoup moins dues à l’ambivalence de sa conviction politique qu’à sa parfaite incompréhension de la situation actuelle. D’ailleurs, quand on lui parlait de Lancelot, il répondait souvent : « Je suis pas sûr de savoir lequel c’est… »

Lancelot avait instauré un nouvel Ordre sur le Royaume. Les principes laxistes et utopiques de son prédécesseur étaient bien loin. Il était dorénavant interdit d’allumer la moindre torche, de la tombée de la nuit au lever du soleil. Tout point lumineux sur le territoire était considéré comme une tentative de guidage des groupes résistants, comme le signe d’une réunion secrète ou d’une quelconque activité illégale.

 © Pascal Chantier

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De plus, il était strictement interdit de se réunir à plus de sept personnes. « Pourquoi sept ? », avait demandé le Roi Loth à Lancelot lorsqu’il avait imposé ce décret. « Parce qu’à la Table Ronde, on était huit. » Personne n’avait osé formuler de commentaire, pas même le Seigneur Galessin qui, pourtant d’ordinaire prompt au cynisme, avait préféré s’abstenir au vu du caractère instable du nouveau Souverain.

De plus, il avait été décidé que tout déplacement de plus de dix lieues devait faire l’objet d’une demande de laissez passer. Des postes-péages avaient été disséminés dans tout le royaume et le moindre voyageur incapable de fournir une autorisation officielle était lourdement questionné et, bien souvent, mis aux arrêts. Quant aux anciens Chevaliers de la Table Ronde, ceux d’entre eux qui ne s’étaient pas rendus d’eux-mêmes et qui n’avaient pas souscrit à la démilitarisation totale de leur territoire ni signé l’imposant décret qui décrivait les nouvelles lois auxquelles ils devaient se soumettre, étaient assidûment recherchés dans tout le Royaume − y-compris dans sa partie continentale − et on encourageait vivement quiconque aurait pu les apercevoir à donner tous les renseignements possible pour aider à leur arrestation.

Et surtout, Lancelot avait clairement énoncé la priorité absolue : retrouver Arthur. Rien n’était plus important. On lui avait rapporté, une fois, que le bandit Venec était plus que renseigné à ce sujet et que, même, il était possible que ce fût lui, le jour du coup d’État, qui eût aidé Arthur à fuir. Lancelot, qui n’avait jamais prêté la moindre attention au marchand d’esclaves jusqu’alors, concentrait fiévreusement ses recherches sur lui.

  • Ya t-il une date pour kaamelott resistance

    • Le Pigeon

      Non, pas de date prévue… Alexandre Astier sortira les nouvelles quand il les sortira… (Oui, réponse de Wisigoth, mais lui seul est le juge…)