Resistance !

Ils n’avaient pas hésité une seconde.

Par fidélité à Arthur, certainement, mais aussi car ils avaient toujours considéré Lancelot comme quelqu’un de suspect dont il fallait se méfier, Perceval et Karadoc, à l’annonce du putsch, n’avaient pas mis longtemps à concevoir leur réponse.

 © Pascal Chantier

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En premier lieu, il fallait trouver un Quartir Général ; la taverne, qui jusque là leur avait servi de base, était étroitement surveillée par les hommes de Lancelot et l’endroit devait être considéré comme perdu. Cependant, à deux pas de cette taverne − il ne faut pas trop s’éloigner non plus − une clairière discrète répondait à leur attentes : elle avait été désignée comme centre névralgique de leurs futures actions terroristes.

À quel moment s’étaient-ils mis d’accord sur une tactique exclusivement souterraine ? C’est difficile à dire. Ils n’avaient cependant jamais douté une seconde de cette orientation pour laquelle ils n’avaient aucune connaissance, pas plus en combat en tunnel qu’en forage, minage, orientation, ni en aucune discipline en rapport avec l’excavation. Pire : leur Enchanteur Merlin, qui ne cessait d’ailleurs de le leur rappeler, voyait tous ses pouvoirs druidiques s’évanouir en milieu souterrain. Aucun appel possible aux forces habituelles : le ciel, la foudre, les animaux, à part les taupes aux lesquelles il n’avait, disait-il, aucun fluide.

Bien qu’elle n’eût jamais été clairement énoncée, la mission finale de la vaste entreprise du clan des Semi-Croustillants était de progresser, par le biais d’un réseau de galeries, jusque sous la forteresse de Kaamelott, dans laquelle ils pourraient s’introduire à la barbe de la garde. Avaient-ils réellement conscience du travail colossal que représentait le cavage du pays tout entier ? Oui, à les entendre… Mais rien n’avait réussi à les décourager ; l’idée même d’effectuer la moindre étape à l’air libre leur paraissait grotesque et, pensant aux autres groupes résistants dont on racontait partout les arrestations, ils ne pouvaient réprimer une quinte de rire à l’idée d’une telle ringardise et d’un tel manque d’inventivité.

Les Chevaliers Yvain et Gauvain avaient déjà eu, jadis, un mal fou à comprendre la notion d’indépendance, à l’époque où ils optèrent pour l’autonomie en fondant le Clan des Petits Pédestres.

 © Pascal Chantier

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La fièvre de l’émancipation les avait pris et ils s’étaient surtout attardés aux détails : un lieu sur la carte pour leur quartier général, un nom pour le clan (directement en rapport avec leur aversion pour les voyages à cheval)… ils avaient aussi longuement débattu de l’éventualité d’accueillir Demetra au sein de leur Clan, avant de décider de la marier, ni plus ni moins, à Yvain.

Mais la véritable nature d’un clan autonome, indépendant pour partie, mais soumis à l’autorité d’Arthur en de nombreux cas spécifiques, n’avait cessé de leur échapper. Et pour parfaire leur incertitude, à peine s’étaient-ils habitués à leur nouvelle vie, on vint leur apprendre qu’un putsch avait eu lieu, qu’Arthur, beau-frère de l’un et oncle de l’autre, était en fuite et introuvable et que Lancelot, ancien Ministre du Roi − qui avait si souvent joué les précepteurs pour leur apprendre patiemment les rudiments de la Chevalerie − était au pouvoir et pourchassait tous les anciens Chevaliers de la Table Ronde.

Ils mirent longtemps à comprendre la chose, à s’en faire une idée, et acceptèrent que la situation complexe qui leur avait jusqu’ici échappé venait d’être remplacée par une nouvelle donne encore plus impénétrable. Ils parvinrent tout de même, au sortir d’une interminable séance d’explications que le Seigneur Calogrenant avait eu la patience de s’infliger, à envisager qu’un choix se présentait à eux. Et ils n’avaient finalement pas hésité, en tout cas, pas autant qu’on aurait pu l’attendre… Leur voie serait celle de la Résistance.

La Résistance était finalement une position comme une autre : le terrorisme était une mission intimidante, certes, mais tellement plus aisée à comprendre que n’importe quelle circonvolution politique. Yvain et Gauvain n’étaient définitivement pas les hommes de l’intrigue et du calcul. Ils étaient les Chevaliers des causes limpides.

3 réponses pour l’instant.

  1. Aziz dit :

    vous avez eu ou les informations ?

  2. Floyd dit :

    Erreur sur la page : >> « les petits pedestres » […] un nom pour le clan (directement en rapport avec leur aversion pour les voyages à cheval)… <<

    pedestres = à pied 🙂
    D'ailleurs ils ont horreur des chevaux (cf le-dit episode où ils choisisent leur nom)

    sinon Merci pour le site 🙂

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